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Télégramme : Diwan – Une skol comme une autre

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Élitiste, fermée, repliée sur elle-même, chère… Les clichés ont la peau dure parfois et semblent totalement inappropriés à l’école Diwan de 2016. Sur les sites de Kerangoff et du Guelmeur, à Brest, la vie coule tranquillement sur les enfants ayant choisi la voie de l’immersion en langue bretonne. De quoi faire la chasse aux sales petites images.

Dans la classe de Myriam, 20 élèves travaillent une pièce de théâtre, destinée à être jouée à la fin de l’hiver, au Mac Orlan. Dans la classe de Myriam, il y a des CM1 et des CM2, des garçons et des filles et l’entrée du bâtiment est sujette à la rigueur du plan Vigipirate. La classe de Myriam est une classe ordinaire, mais une classe qui vit et apprend en breton. En immersion. « Nous parlons breton tout le temps, les leçons se font en breton, sauf quand il y a classe de français », détaille l’instit’. La classe de Myriam se trouve sur l’un des deux sites accueillant Diwan Brest, en bas du plateau de Kerangoff. Chaque matin, il accueille 120 enfants ventilés comme ailleurs, de la petite section au CM2. « Nous respectons bien sûr les programmes de l’Éducation nationale, continue Myriam, mais nous les faisons en breton ». Patricia Quéré-Tassel, directrice de l’école Diwan poursuit : « Que l’on apprenne que trois et trois font six en français ou en breton ne change rien, affirme-t-elle à raison, nous n’avons rien de bizarre, rien d’une secte. Nous sommes une école sous contrat avec l’État et nous enseignons gratuitement ».

Une école choisie, une école de quartier


Il est vrai que depuis plus de 40 ans, les étiquettes n’ont pas manqué de coller sur le chupenn de Diwan. Mais aujourd’hui, avec des effectifs en constante progression sur Brest, l’ambiance des sites de Kerangoff et du Guelmeur est loin des débuts certainement plus militants. « Les motivations des parents sont diverses », admet Patricia Quéré-Tassel. « Certains viennent par conviction bien sûr, mais d’autres sont là pour le bilinguisme, d’autre pour la culture, d’autres pour le nombre restreint d’enfants par classe. Depuis quelques années, certains viennent aussi en considérant Diwan comme une école de quartier », inventorie-t-elle. Myriam, en route pour le centre social de Kerangoff pour une répétition de la pièce, abonde : « Moi, ce que je veux, c’est sortir des murs, aller dans les structures de quartier. C’est fini le temps où on disait de nous que nous vivions dans l’entre-soi. Pas mal de familles de Kerangoff viennent ici parce que l’école a bonne réputation ».

Vers le collège du Relecq


Une école où la solidarité n’est pas une vague chimère. Dans le centre social, Pascal Cariou, comédien, et papa de la petite Luze, coache la fraîche troupe des cadets. Elle jouera la légende du roi Marc’h qu’il a réécrite en peu et édulcoré de quelques décapitations. « Nous essayons de mener projet après projet, continue Myriam, comme partout ailleurs ». Les enfants adhèrent. Après leur CM2, l’immense majorité partira sur les bancs du collège Diwan du Relecq-Kerhuon. « Des fois, c’est tout le monde, mais souvent c’est de l’ordre de trois sur quatre ». Myriam sourit. Elle se souvient de cet élève, revenu saluer l’école, sidéré par le niveau d’apprentissage des langues dans un collège classique. « Pourtant, continue Myriam, pour suivre sa scolarité à Diwan, il n’y a pas besoin que les parents parlent breton ». Au sondage à la main levée, une petite moitié d’élèves a des parents, mais surtout des « papys et des mamies » qui causent. « Moi, je ne parle que breton à la maison. Mon père et ma mère parlent comme ça avec mon petit frère aussi », continue le jeune, sympathique et bavard Lomig, sous le regard surpris de sa maîtresse. « Ils ne parlent jamais français ? », demande-t-elle. « Si, quand on a des invités sinon, ils ne comprennent pas ». Ainsi va la vie à Diwan, après toutes ces années, en qualité d’école ordinaire. Mais qui parle breton.
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